Adolescence·Jeune adulte

Le Joyau

Couverture du livre Le Joyau de Amy EwingAujourd’hui, je vous présente une nouvelle lecture en anglais que je viens de dévorer pour la seconde fois : The Jewel, premier tome de la trilogie The Lone City de l’auteure américaine Amy Ewing. La traduction française est intitulée Le Joyau. Ce conte, croisement entre La Sélection de Kiera Cass et Hunger Games de Suzanne Collins, est une dystopie (société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur) fantastique.

Ce roman est dans la lignée de divers romans Young Adult de ces dernières années : La Sélection, Hunger Games, The Book of Ivy, Cruel Beauty, Red Crown ou encore Une braise sous la cendre. Entre sociétés opprimées par les cercles les plus riches et révolutions qui grondent, le schéma est vite tracé… Pourtant la formule est toujours aussi efficace et chaque saga se distingue des autres en conservant sa part d’originalité… Si bien que je plonge dedans à chaque fois ! Alors si vous-même trouvez le thème déjà vu et revu, vous préférerez peut-être passer votre chemin. Mais si, comme moi, vous en reprendriez bien un peu, voyons ce qu’il ressort de cette histoire…

Sans être l’oeuvre du siècle, ce livre est prenant et a suffisamment d’originalité pour plaire et transporter son lecteur dans une nouvelle société : le Joyau. Au cœur de celui-ci, les familles les plus riches ne peuvent plus avoir d’enfants seules. Elles ont besoin de mères porteuses, ces jeunes filles aux pouvoirs étranges : les Augures qui, seules, peuvent donner vie à leur descendance. Chaque enfant devient alors un objet de pouvoir, clef d’alliances entre ces familles qui s’entre-tuent pour accéder au trône le temps d’un règne.
Déclarée Mère-porteuse à douze ans, Violet, née dans le Marais, est formée puis vendue aux Enchères pour porter l’enfant d’une autre. Devenue le numéro 197, Violet est achetée par la Duchesse de la Maison du Lac, une des quatre grandes maisons de la royauté, pour porter son enfant. Mais hélas pour Violet, tout ce qui brille n’est pas d’or ! Derrière l’éclat du glamour se cachent manipulations, jalousies et traîtrises, et la mort n’est jamais loin. Propulsée dans cette société où les femmes dominent le jeu politique et où la descendance est plus importante que tout, Violet n’est plus qu’un objet, sans droits ni choix, soumise au bon vouloir de la cruelle Duchesse. Enfin, peut-être pas si soumise que ça… Parviendra-t-elle à sauver sa vie, ainsi que celle de son amie Raven, des griffes du sinistre Joyau ?

C’est dans ce contexte qu’on rencontre Violet, notre héroïne. Le hasard a fait que grâce à ses gènes, elle fait partie des rares élues capables de maîtriser les trois Augures, ces mystérieux pouvoirs qui lui permettent de manipuler la couleur, la forme mais aussi la structure profonde des objets, au point de pouvoir forcer un arbre à pousser et porter des fruits, mais aussi de donner vie et forme à un fœtus issu de famille royale qui, sans les Augures, deviendrait un monstre au patrimoine génétique désastreux. Ces pouvoirs sont cependant limités, et leur puissance diverge d’une porteuse de dons à l’autre.

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Violet, particulièrement douée (évidemment, c’est l’héroïne ! J’ai le sentiment que dans la littérature pour jeunes adultes, les personnages principaux sont souvent trop doués, trop puissants par rapport aux autres… C’est un peu trop facile.), possède également un fort caractère, deux armes qui ne seront pas de trop pour survivre dans le Joyau. Malheureusement, son tempérament la conduit parfois à se montrer trop impulsive, ce qui lui apporte de gros ennuis… En plus de ce caractère, elle semble très émotive, elle ressent les choses intensément, que ce soit la joie, la haine, la peur, l’amour… Cela a d’ailleurs tendance à la troubler dans son rapport à la Duchesse, entre la haine, la peur et parfois la pitié, voir l’attachement. Elle a un profond besoin d’être aimée, exacerbé par le mépris et l’ignorance de la royauté envers les jeunes filles de sa condition, qui va la conduire à la plus grande des folies : tomber amoureuse d’un homme qui lui est interdit… D’ailleurs, cette romance un peu trop « cliché » m’a vite agacée, elle entrecoupe trop le récit et l’élu de son cœur est un peu trop geignard et lassant à mon goût… Mais elle ajoute également un côté dramatique, type amour maudit, qui colle bien à l’ambiance du roman.
Cette façon qu’a Violet de toujours tout vivre trop intensément est un peu agaçante, et l’amène à prendre des décisions parfois tellement stupides qu’on a vraiment envie de la secouer un bon coup pour la faire réfléchir ! Mais elle reste attendrissante et attachante, j’aime beaucoup ce personnage et son courage face à sa situation.
Le second personnage principal est la Duchesse, un personnage à deux facettes. Elle fera tout ce qu’elle estimera nécessaire à l’ascension de sa famille au pouvoir, sans aucun scrupule, même s’il lui faut pour cela aller jusqu’à tuer. Elle se montre donc cruelle et sans pitié envers Violet, que ce soit en l’accueillant chez elle d’une gifle retentissante dès son arrivée, ou en la traitant comme un objet, en la promenant en laisse ou en l’inséminant contre son gré. Mais elle fait également preuve d’une certaine générosité envers la jeune fille, en lui offrant une certaine liberté de mouvement, des cadeaux, ou en « tolérant » dans une certaine mesure ses « caprices ». Elle montre même, à plusieurs reprises, une certaine fragilité, en avouant sa jalousie envers ces femmes qui peuvent porter des enfants – mais en oubliant qu’elles ne seront jamais autorisées à porter leur propre enfant.
On trouve ensuite des adjuvants secondaires : Lucien, Annabelle, Ash et secondairement, Raven. Lucien m’a beaucoup fait penser à Cinna, le préparateur de Katniss dans Hunger Games. Doux, et gentil, je l’ai vite trouvé attachant, probablement parce qu’il est un des seuls personnages à vouloir aider Violet dans ce palais de tous les dangers. Dans la même veine, Annabelle sa femme de chambre est adorable, elle tente d’adoucir sa vie tant qu’elle le peut, même si elle reste un pantin aux ordres de la Duchesse. Ash, lui, m’agace, je le trouve insipide, sans intérêt. Son sort n’est pas meilleur que celui de Violet : embauché comme Compagnon, il est là pour tenir compagnie à l’agaçante nièce de la Duchesse, et plus si affinités… contraint ou forcé. Mais je ne le trouve pas assez fort moralement, et il m’a très vite lassée. Enfin, Raven, présentée comme un personnage fort au début du roman, se retrouve soumise à la pire des maîtresses, et s’efface symboliquement au fil du livre, comme on efface ses souvenirs et sa personnalité.
On trouve enfin les opposants, je parle ici de toute la royauté. Ces figures cruelles et égoïstes sont toutes insupportables, que ce soit pour leur conduite abjecte ou leur absence de réaction face au système. Qu’est-ce c’est que tous ces hommes trop mous, complètement dominés par leurs femmes aux dents plus longues que leurs griffes manucurées ? Ce petit héritier vaguement rebelle mais désastreusement inactif et inutile ? Toutes et tous ne songent qu’avec mépris à ceux qu’ils écrasent de leurs chaussures immaculées. On ne peut qu’être révolté à la lecture de ce monde insensé.

Dans ce livre, la condition de mère-porteuse est extrêmement difficile. Les dons qu’elles possèdent, les Augures, ne se pratiquent et ne se développent qu’au prix d’une grande souffrance physique. De plus, dès leur « diagnostic », elles sont arrachées à leur famille  – toute tentative de fuite se solde par la mort – pour mener une vie en ostracisme jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à être vendues aux plus offrantes.
Une fois dans le Joyau, tout est fait pour réduire ces femmes en esclavage. Je trouve qu’on est très proche de la traite des Noirs dans la façon de les utiliser. Entre exhibition et asservissement, les mères-porteuses sont, pour leur propriétaire, un joli ornement doué de dons artistiques – du moins pour celles qui ont le minimum de considération pour elles. Entre exhibition artistique (danse, violoncelle) forcée et jolies robes, les jeunes femmes sont forcées de faire bonne figure au gré des désirs de leurs maîtresses, sous peine de subir des traitements violents. Cependant, en-dehors de ces rares moments d’attention, elles doivent garder profil bas et ne parler à personne – pour peu que quelqu’un veuille leur parler, l’usage étant de les mépriser, voir tout bonnement d’ignorer leur simple existence. Egalement forcées de se couvrir d’un voile intégral et de porter une laisse pour sortir, image particulièrement choquante et réductrice apparentant les mères-porteuses à des êtres inférieurs ne méritant pas d’être regardés, elles n’ont plus la moindre dignité. On va même jusqu’au viol, puisque ces jeunes femmes sont inséminées contre leur volonté.

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Mais je décris ici la vie des plus chanceuses d’entre elles. En effet, comme va le découvrir Violet, d’autres membres de la royauté semblent penser que la personnalité et les émotions de ces mères-porteuses n’est qu’un ennuyeux embarras, voir un obstacle pour le développement idéal de leurs enfants, et travailleraient sur une façon de leur ôter leur libre-arbitre : un lavage de cerveau…
J’ai été assez étonnée que ce système ne soit pas plus contesté, mais on découvre en parallèle du récit l’ignorance complète des castes inférieures de la société de ce qu’est la vie de mère-porteuse, que ce soit durant leur formation ou après avoir été vendues au plus offrant. C’est en effet la seule raison plausible pour expliquer que personne n’ait encore condamné ces traites odieuses.

Derrière cette cruauté et ce mépris, on distingue clairement deux sentiments : la jalousie, comme l’exprime à plusieurs reprises la Duchesse, de ne pouvoir porter elles-mêmes leurs enfants, ainsi que la peur. En effet, les Augures des mères-porteuses sont bien loin d’être contrôlées par leurs propriétaires, comme le prouvent les petits actes de rébellion de Violet : le portrait de la Duchesse défiguré, ou les plantes messagères entre elle et Raven. A travers leur capacité à porter les enfants au sang bleu, à travers les Augures, ces femmes n’auraient-elles pas plus de pouvoir qu’elles ne le soupçonnent ? Ne représentent-elles pas une menace à supprimer pour la royauté, d’où le fameux lavage de cerveau ? J’imagine qu’on en découvrira plus sur le sujet dans le Tome 2.

Asservissement, menace de mort quasi-constante, lavage de cerveau, manipulations, insémination forcée, souffrance, amour maudit… Ce roman dystopique joue sur une ambiance sombre, parfois glauque, que je trouve assez étonnante par rapport aux autres livres de ce genre – excepté Hunger Games, bien sûr, trilogie révoltante comme j’en ai rarement lues. On trouve vraiment dans Le Joyau une complexité émotionnelle intéressante, troublante qui nous happe jusqu’à la fin. Et quelle fin ! Terrible et inachevée, elle ne nous laisse pas d’autre choix que d’avoir envie de saisir la suite, juste pour savoir si…

J’aime beaucoup la couverture du livre, elle illustre très bien l’oeuvre selon moi. En effet, on trouve une jeune fille dans une robe éblouissante, repliée sur elle-même dans une attitude de tristesse et de solitude. On la voit à travers ce qui semble être les facettes d’une pierre taillée, vraisemblablement le Joyau, comme si elle était coincée dedans, oppressée. Ça fait tout à fait penser à notre héroïne, coincée dans le palais de la Maison du Lac…

The Jewel, ou Le Joyau, publié en 2014, est un livre dans la lignée de beaucoup d’autres, mais qui a su rester unique par son ambiance et son originalité. Premier tome d’une trilogie, il finit sur un cliffhanger de toute beauté, qui m’a donné très envie de lire la suite… ce qui ne saurait tarder ! Je lui donne 3.5/5, j’espère que les pouvoirs de Violet seront plus développés dans le prochain tome ! Si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé? Sinon, avez-vous envie de le lire ? Vous pourrez trouver un aperçu du roman avec le premier chapitre ici !

Chloé

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